Mon travail cherche à réaffirmer la beauté du monde encore visible, les valeurs du vivant et d’un humanisme fragilisé, mis à mal par un capitalisme effréné et des logiques productivistes qui nourrissent les maux de notre temps. La gravure, et plus particulièrement le gaufrage, occupent une place importante dans cette recherche. Par le relief discret, son jeu d’ombre et de lumière, cette technique ouvre un espace d’attention et invite à se perdre un peu, à regarder et ressentir l’espace autrement. Certaines œuvres prolongent cette recherche par des formes immersives ou participatives, où le visiteur est invité à cheminer ou toucher. Cette démarche peut également se déployer à travers des espaces tactiles ouverts à tous les publics, voyants, malvoyants et non-voyants, où les œuvres se regardent autant qu’elles se découvrent par la main (gaufrages). Alors que la Terre peine déjà à respirer, le retour assumé de discours impérialistes et extractivistes ravive l’idée d’une domination sans limite, sur Terre comme ailleurs. Un nouvel horizon s’ouvre au-dessus de nos têtes : l’espace. Il devient territoire projeté, futur marché orbital. L’anthropocène étend désormais son horizon au cosmos. C’est dans ce contexte que la Lune s’est imposée comme motif central de mon travail, à la lisière du rêve et de la possession. Dans mes œuvres, elle devient parfois fragile, blessée, silencieuse ou lumineuse. Elle n’est plus une frontière à conquérir, mais un lieu où questionner nos désirs de maîtrise. La Lune devient alors un seuil, un bien commun à reconnaître et à protéger, peut-être le dernier, où pourrait se rejouer un rapport plus juste au monde, au vivant, et à ce qui fonde encore notre humanité. Le projet se poursuit sur de grands formats. (Photo : Emmanuelle Cascail)