« Passons un seul jour avec autant de mûre réflexion que la nature. », H. D. Thoreau, 1854, « Walden ou la vie dans les bois »
Formée à une approche scientifique de l’art (Licence–Master 2 arts plastiques) et nourrie des pensées de Thoreau, Latour, Stiegler, Larrère, Morin, Morizot, Hallé…, je développe une pratique qui se veut éloge de la lenteur, de la contemplation et de la beauté du monde encore visible. Cette posture est aussi une manière d’entrer en résistance face à la déliquescence du monde, en réaffirmant la valeur du sensible et du vivant, fragilisés par un capitalisme effréné dont les logiques nourrissent tant de maux contemporains. Depuis plus de trente ans, j’explore plastiquement l’idée d’accumulation comme métaphore des dérives productivistes et de l’abondance postindustrielle. Ce motif récurrent me permet de questionner nos modèles de production et de consommation, et d’interroger ce qui, dans la profusion, finit par masquer l’essentiel. Aujourd’hui, le choix de la gravure, pour ses notions d’empreinte et de trace, et plus particulièrement du gaufrage, avec son rendu épuré, est un parti pris esthétique. Cette technique, hybridée à d’autres pratiques et médiums (dont la plume et l’encre), ouvre un espace d’attention : une invitation à se perdre un peu, à regarder autrement. L’explorer, c’est affirmer la nécessité d’imaginer d’autres manières de vivre : plus sobres, plus sensibles, sans aucun doute plus heureuses. Merci beaucoup d’être en ce lieu et excellente balade au coeur du Vivant. Emmanuelle Cascail